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 Élévation

Élévation

Parcours initiatique Philosophico-Spirituel à travers mes voyages, rencontres, discussions et lectures liées au paranormal et à l'ésotérisme.


Monsieur Le Chat Noir des Hauts de France

Publié par Yann-Erick sur 22 Août 2007, 10:05am

Catégories : #Réflexions:

Petit texte noir comme le désespoir :

 

Monsieur Le Chat Noir des Hauts de France

Dans le Pas de Calais, sur une petite route de la Côte d’Opale sauvage en direction de la majestueusement plate baie de l’Hautie,

un chat noir prenait un bain de soleil. L’apercevant ainsi à une vingtaine de mètres, je décidai de m’approcher de lui pour lui signifier le danger qu’il court d’être à même le bitume, si proche de ces grosses roues de SUV qui ne verrait même pas un enfant de 4 ans sur leur passage tellement qu’ils sont surélevés. 

A cinq mètres, l’ambiance de farniente se changea par l’inquiétant manque de réaction de l’animal. Je m’accroupis face à lui et découvris toujours couché un petit corps décharné, aux poils d’une saleté anormale (surtout lorsqu’on connait l’instinct de propreté de ces divins félins), avec un œil collé (voir crevé) entouré d’une croute verdâtre. Devant ce triste état, j’allais en conclure que mon inquiétude pour le futur de la vie de cet animal faisait déjà parti du passé : qu’il avait été déjà été choqué par une voiture et que c’est pour cela qu’il restait inerte dans le caniveau.
De toutes façons, c’était un peu trop optimiste de ma part que penser voir un animal prendre un bain de soleil dans ce coin de la Manche où l’on dit que « si on voit en face l’Angleterre, c’est qu’il va pleuvoir mais que si on ne voit la voit pas c’est qu’il pleut ».
En me penchant un peu plus, la carcasse aussi sombre que la route montra signe de vie en levant légèrement la tête vers la mienne, le matou ouvrit sa gueule munie encore de quelques longues dents pour laisser échapper un petit miaulement déchirant. Le message était clair « aide-moi, je souffre ». Bien que loin d’être vétérinaire, ne voyant aucune trace de choc, ni de sang, j’en déduis que le pauvre ne s’était pas encore fait écraser… et qu’il ne souffre manifestement pas d’une banale insolation (surtout si proche d’une commune au nom singulier de « Isbergues » qui prononcé à haute voix fait écho au climat de la mer du Nord).

L’animal en piteux état se leva lentement et se dirigea en titubant pour que je le prenne dans mes bras. Malgré son état peu ragoutant (une griffure de sa part et c'était la septicémie assurée avec amputation d’au minimum un bras), et avant de risquer de me faire écraser en restant accroupi à côté d’un chat noir (je voyais déjà l’interrogation de ma femme face à une mort si insolite), je le pris avec moi et me leva pour nous réfugier sur le trottoir. D’une légèreté désarmante, le chat se laissa faire et, très précautionneusement, je fis quelques pas à la recherche d’âme qui vive dans les maisons alentours.
Au fond du jardin le plus proche, entouré de nains de jardins et de flamands roses en plastique, un gros homme rougeaud (forcément plus par la bière que par le soleil) m’aperçut marchant avec mon malade:

« Touchez pas à cette bête malheureux, il est malade, pis c’est une véritable saloperie ! c’est un chat noir, il porte malheur !!»

Face à tant d’amour, de compassion et d’intelligence, je décidai de changer de trottoir et de sonner à une maison d’en face aux volets moins clos que les autres. Un autre homme (mais cette fois-ci moins gros et surtout à la couleur de peau aussi claire que ses pensées) resta stupéfait sur le pas de sa porte : 

« Ah ça ! Il était pas mort ? C’est pas mon chat hein, c’est un chat errant. Il se méfie de tout le monde. Mais depuis quatre ans, il vient nous voir pour que je lui donne à manger. Mais là, ça faisait six jours que je l’avais plus vu. J’étais persuadé qu’il était mort. Il est tellement vieux ».

Le matou malingre, toujours blotti dans mes bras, restait dans son état second, d’un calme absolu ; pas mort, mais vraiment en passe de l’être. Ma tristesse due à mon impuissance face à l’agonie de cet animal s’estompa en sachant qu’il allait avoir un peu de réconfort chez cet homme charitable.
Le brave homme commença à discuter avec moi, et après quelques banalités d’usage (: « le temps ne change pas ici. C’est toujours gris d'ailleurs ici on ne dit pas "il pleut" mais "il re-pleut". C’est pratique pour le jardin et le potager,... j’aurais de magnifiques tomates si le soleil était de la partie ») me donna quelques précisions sur le moribond à quatre pattes. Malgré son statut de vieux chat sauvage et malade, et la réprobation jalouse des autres animaux « officiels » de la maison, il s’en occupait comme il pouvait en lui laissant sa précieuse liberté. Tout en me rappelant continuellement l’état de vieillesse avancée de l’animal, il me proposa de le mettre dans une caisse dans son jardin pour qu’il soit un peu plus en sécurité en attendant le repos éternel. C’était la meilleure solution. Je me mis à le caresser (l’animal pas le monsieur). Il manifesta son plaisir de ressentir encore quelqu’un qui le touche par un désarmant ronronnement et quelques positionnement de la tête qui poussait à continuer le câlinage à son encontre. Bien que ses poils tout crottés (de je ne sais quelle substance poissarde) se collaient sur mes mains, le matou eut sa ration de caresses douces et aimantes et, j’en suis sûr, bienfaitrices car données comme telles.
Vu l’immense manque d’envie de vivre du vieux minet, il va vite quitter sa caisse pour le paradis des chats, pensais-je apitoyé.

Sensiblerie imbécile ?

Je pense avoir avoir vécu les derniers instants d’un chat qui avait décidé d’en finir écrasé par une voiture. Vraiment il ne pouvait s’être couché sur le bas côté de la route, tête face à la première roue qui passe que pour cela. De ce petit être chétif émanait l’épuisement de la vie, l’attente de la mort (bon, c’est vrai que le noir en plus, c’est pas très gai non plus).

Anthropomorphisme exacerbé ?

Alors comme ça les animaux sont des bêtes ? Les oiseaux se cachent peut-être pour mourir, les éléphants ont peut-être leur cimetière, en tout cas je peux dire que j’ai vu des chats (et aussi des chiens) avoir conscience de leur mort proche, se laisser mourir et même choisir d’en finir (souvent loin de ses maîtres. Et peut-être même dans le but de ne pas leur faire trop de peine)

Tout en travaillant de retour dans ma chambre d'hôtel, je ne pouvais pas oublier ce pauvre chat noir sans nom des Hauts de France. Mon intervention n’aura été que de peu d’utilité, pensais-je. j’espère au moins lui avoir donné un dernier câlin et un peu de considération de la part des êtres humains. Etre humain qu’il n’a jamais dû vraiment connaitre. Car si d’aventure, il avait été un animal de compagnie abandonné, il serait inconcevable de considérer son (ou ses) maître(s) comme véritablement humain(s). Et si je retournai sur les lieux du drame après le boulot ?

Cinq heures (et douze averses) plus tard, je suis donc retourné prendre des nouvelles de Monsieur Le Chat. La maîtresse de maison, déjà au courant de l’affaire par son mari, m’ouvrit grand la porte pour que j’accède à son jardin où se trouvait le rescapé. La bête noir n’était pas dans une caisse mais dans un trou de feuille morte qu’il s’était fait lui-même.

Manifestement, le matou à la dépression morbide n’allait pas mieux. Il me reconnut. Se leva comme il put pour obtenir de moi quelques caresses supplémentaires (et peut-être aussi me saluer). Pendant que ma main ondulait sur les os saillants de son dos, la dame des lieux, plus diserte que son mari, me raconta l'histoire de Monsieur Le Chat. En fait, il avait été martyrisé par leur voisin d’en face (le fameux gros rougeaud aux nains de jardin). Ils l’avaient récupéré dans un sale état physique et psychologie, et seul son mari réussit à le nourrir de loin dans leur jardin. Et depuis des années, il était toujours resté sauvage, méfiant envers les humains : conséquence logique de ce qu’il avait vécu par son premier maître.
Pas trop enclin aux histoires de voisinage, je me mis à parler au chat fatigué de la vie tout en continuant de le caresser. Une fois de plus, il voulait se blottir dans mes bras. Touchante situation mais O combien déchirante avec mes obligations professionnelles m’empêchant de répondre à son besoin de chaleur humaine. Il était trop sale pour mon beau costume pour que je le prenne dans mes bras et de tout façon trop tard pour rester plus longtemps. L’animal ne pouvait comprendre pourquoi je le quittais si vite, lui qui donnait ses dernières forces pour encore un peu d’affection et moi qui m’éloignait définitivement.

Honteux et encore plus triste, mais rassuré de le voir entre de bonnes mains, je lui dis au loin qu’il était le plus beau en essayant d’y inclure des accents de sincérité avant quitter son regard rempli d’incompréhension (et de pus). 

Adieu Monsieur Le Chat des Hauts de France, chapeau bas pour ta résignation, mais avais-tu seulement un autre choix ?
Comme tu me rappelles les dernières années de mon ami Jean Prieur parqué dans un EPADH (véritable antichambre de la mort) qui, après ses cent ans, attendait tout aussi stoïquement d’être délivré de sa vieille enveloppe charnelle et était aussi si désireux qu’on reste auprès de lui.

 

 

Equivalence inappropriée ?

Drôle de vie que nous impose la société actuelle, où le temps manque pour donner de l’amour. Où l'on cache la souffrance et la mort. Où l'on tue plus pour de l'argent que pour vivre.

Comparaison n’est pas raison ?

Mais est-ce vraiment la faute de la société ? du « système » ?
Moi qui ne suis même pas capable de m’arrêter trente secondes pour m’occuper d’un clochard allongé sur le trottoir en plein hiver… Mon petit confort, mon égoïsme, ma suffisance semblent plutôt être vraiment la cause.
Je vis dans un pays qui me laisse libre de mes choix (vive la démocratie) et qu’en fais-je ?
Tel une vache, je regarde les migrants tomber, l’humanité sombrer, ruminant dans mon coin… en attendant l’abattoir. 

Dieu que de souffrances en ce bas monde ! Et comme l’homme les génère grandement par son action comme par son inaction !!

Devrais-je aller à la messe pour (entre autre) me donner bonne conscience ?
« Charité bien ordonnée commence par soi-même »
Prier serait déjà agir ?
« Si ça fait pas de mal ça ne peut que faire du bien »

Notre Johnny national aurait-il tout compris ?
Après avoir chanté tout l'été (pendant toutes ses jeunes années) "Noir c'est noir, il n'y a plus 
d'espoir" avec la bise venue, se trouvant fort dépourvu (face à la mort) il quémande "de l'amour de l'amour, de l'amour".

Oui, t'as raison Johnny: donnons de l'amour, pensons amour, soyons amour.
C'est facile, simple et à la portée de tous.

Ainsi nous ne serons plus des complices imbéciles d'un monde où l'argent se veut être roi. Le monde est déjà assez cruel pour que l'homme (qui se targue de ne pas être un animal) arrête de suivre ses bas instincts au profit d'un amour pur, universel et contagieux envers toute la création.

Sur ces lignes, j'ai plutôt la chanson de Jean Yann "tout le monde il est beau tout le monde il est gentil" qui me fait comprendre qu'amour rime avec humour.
Mais, autant on peut vivre d'amour (et d'eau fraîche) autant on peut mourir de rire (surtout 
cynique). Pour le coup, Monsieur Valéry (Francois, pas Paul) avait tout bon:

"Aimons-nous vivants" 

Yann-Erick

Commenter cet article

F
L’amour est le moteur de la vie, il peut s’exprimer de différentes façons et c’est ce que tu transmets à travers cet émouvant article et également par ton blog. La souffrance est la même quand on voit ce chat et Jean Prieur, il n’y a plus de différence, nous ressentons la même chose, la même crainte également. Merci beaucoup Yann-Erick pour cet article qui donne à réfléchir, je t’embrasse.
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A
Tout âme qui s'élève élève le monde<br /> Faire sa part ou la légende du colibri<br /> Cher Yann-Erick,<br /> Et si par votre blog, vous faisiez votre part et contribuiez effectivement à l'élévation postulée ?<br /> Et si par votre geste de compassion ou de sympathie envers ce chat vous lui aviez donné plus que vous l'imaginez quand ce serait moins que vous auriez souhaité pour lui et l'humanité ?<br /> Et si la sagesse était en définitive d'admettre qu'on ne peut tout mais un peu même si l'on aspire à plus et que mieux vaut des petits cours d'eau avec l'espoir qu'ils finiront par faire une grande rivière que rien du tout ?<br /> Je vous suis extrêmement reconnaissante de tout ce que vous partagez avec votre inénarrable sens de l'humour et vous en remercie.
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L
Merci Yann Eric pour cette jolie histoire et pour l'amour donné quelques instants à cet animal, peux ou pas de personnes ne l'on fait aussi bien que vous apparemment, si bref mais si énorme, chacun son chemin, animal comme humain, insectes etc.... parfois la vie n'est pas facile mais un simple regard porté en dit long et parfois redonne vie....bravo....je nourris un chat depuis 2 ou 3 ans qui ne m'appartient pas et qui est souvent mis à mal par plusieurs personnes, il est sauvage je fais ce que je peux pour le débarrasser de ses puces vers etc.... mais il revient toujours avec des bosses des coups etc.... je ne peux pas trop le toucher car on le caresse et il griffe ensuite donc je fais de mon mieux, comme vous vous avez fais de votre mieux ! la critique n'a pas lieu d'être ici !
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I
bjr yann-érick<br /> je viens de lire l'histoire de votre rencontre avec ce pauvre chat..... je vous avoue que je suis interrogative face à votre comportement vis à vis de ce pauvre animal.Pourquoi ne l'avez vous pas envoyé chez un véto du coin au lieu de chercher des gens sur cette commune qui apparemment n'ont rien à faire de ce chat errant (ou pas!)on voit les réactions et ou vous retrouvez le chat lors de vos visites ???? Si le chat était trop malade,vieux affaibli ou que sais je, le véto aurait abrégé ses souffrances,on voit sur les photos de votre blog que le chat est en souffrance rien que l'oeil purulent et son état de maigreur extrême ça fait pitié à voir.là... yann-érick je ne comprends pas trop votre "éloge funébre" rédigé içi....vous avez eu un manque de discernement!!!pas top du tout....pauvre chat!! j'espère mieux réagir si un jour sur ma route je suis confrontée à la même situation.je pense et j'en suis sûre ma réaction sera tout autre.......soulager l'animal .......ne pas laisser souffrir<br /> qu'en pense laetitia votre épouse si proche de la cause animale?<br /> isabelle
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C
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le portrait dressé ici sur les gens du Nord et le temps maussade m'a un peu agacée .. Oui, les gens du Nord sont accueillants, sympas, et tous ne sont pas alcoolisés par la bière .. Non, il ne pleut pas toujours dans le Nord, il y fait même très beau souvent .. Je suis du Nord, et j'ai récemment recueilli un chat errant dans un parc, je l'ai conduit chez le vétérinaire (eh oui, il y a des vétos dans le Nord), je l'ai même ébergé durant trois semaines avant de le confier à une âme charitable. Je vous apprécie Yann Erick mais venez plus souvent dans le Nord, il y a des gens biens je vous assure .. Votre histoire est très belle cela dit :-)

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