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 élévation

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Parcours initiatique Philosophico-Spirituel à travers mes rencontres et lectures liées au paranormal et à l'ésotérisme.


Spleen d'Automne

Publié par Yann-Erick sur 24 Septembre 2014, 22:43pm

Jeudi 24 septembre 2015.

Ce matin, en me réveillant, j'entends aux infos que hier soir à Calais, à même pas deux kilomètres de là où, allongé dans un lit douillet, j'étais en train de regarder une niaiserie à la télé ("Love is all you need" en l'occurrence), un jeune migrant érythréen d’environ 17 ans a trouvé la mort, écrasé par une navette d’entretien du tunnel sous la Manche. (Cette nuit avait d’ailleurs été particulièrement mouvementée par plus de 600 migrants qui cherchaient à pénétrer dans le site d’Eurotunnel.) Les alentours de l’entrée du tunnel deviennent de plus en plus un no man’s land bardé de fil de fer barbelé et aux arbres rasés pour qu’aucun sans-papier ne puisse s’y réfugier. Manifestement, la France n’a pas de leçon à donner à la Hongrie.

La veille, le premier jour de l’automne avait déjà démarré fort. Le Maire du village où j’ai dormi m’avait déjà annoncé sa tristesse suite au décès d’un enfant de 15 mois de sa commune qui avait avalé une bille et dont le père était mort de chagrin dans la nuit (laissant seul une femme avec trois enfants). En visitant sa ville, je suis allée jusqu’au Cap Blanc Nez (magnifique falaise sur le bord de la Manche permettant de voir, entre deux ferrys et cargos, les côtes de la perfide Albion). Dans ce coin du Pas de Calais où l’on voit encore les cratères formés par les bombardements, ils sont fières de leur proverbe : « Quand on peut voir les côtes anglaises : c’est qu’il va pleuvoir. Quand on ne peut pas les voir : c’est qu’il pleut ». Balayé par les vents, au bord de la falaise, je prends une claque supplémentaire avec le responsable de l’office de tourisme qui me précise qu’en moyenne une fois par mois une personne s’y jette dans le vide.

L’avant-veille, j’avais été aussi touché par une visite au musée de Péronne (dans la Somme) sur la Grande Guerre et toutes ses horreurs (dont une monstrueuse exposition sur les « gueules cassées »). Je déambulais dans l’Historial, groggy par tant de morts dans d’atroces souffrances au milieu de cris et rires de deux classes d’adolescents bien vivants et bien peu respectueux du lieux. L’inconscience de la jeunesse est cependant plus excusable que le cynisme de nos anciens (et hélas actuels) dirigeants.

Bref, depuis ce matin, mon humeur est autant maussade que le temps.

Pour finir cette matinée sordide en roulant dans les rues de Calais, non loin du Beffroi avec ses riches dorures, ma voiture passe devant une trentaine de jeunes Africains. Face à un bâtiment administratif obstinément fermé, debout sous une pluie battante, ils me regardent passé comme je les regarde rester. Un feu rouge m’empêche de continuer ma route, je reste face à tous ces grands yeux surplombant de jeunes corps noir trempés et maigres. Comme dans un film au ralenti. Je n’oublierai jamais ces regards, sans haine, sans demande particulière (on est loin du pseudo roumain quêtant aux carrefours des quartiers huppés). De simples regards perdus, abandonnés et si fatigués. Et moi, bien au chaud dans ma voiture sud-coréenne flambant neuve louée par mon employeur, je ne fais rien. (Un « rien » aussi pathétique que celui du journal de Louis XVI le jour de la révolution.) Ils sont là. Attendent. Moi aussi. Seule la vitre ruisselante de ma voiture nous sépare. Ils sont si proches et restent pourtant intouchables. Le feu passe au vert, en bon français bien conditionné, je continue mon chemin sans me soucier du leur. Avec juste comme excuse : je travaille moi, j’ai pas le temps. Facile, logique et pourtant tellement inhumain.

12H00, l’autoradio annonce plus de 700 pèlerins morts dans un « mouvement de foule » à la Mecque. Consternation.

Et colère, à l’annonce que dans ce même pays on va crucifier un jeune saoudien tout cela parce qu’il a osé manifester contre son dictateur… Pardon, contre son roi.

Plus que du spleen, c'est une vive colère ! Pas vraiment contre nos responsables gouvernementaux (qui ont en fait si peu de pouvoir) mais contre moi-même. Au lieu d’écrire ces lignes, je ferais mieux d’agir en mon âme et conscience. Hélas pour moi, c’est déjà trop tard. Je suis trop dans mon petit confort et obligé de m’occuper de ma petite personne, de payer mes crédits... Mais si toi qui me lis, tu es jeune, en bonne santé et que tu décide de sauter de la falaise du Cap Blanc Nez (ou d’ailleurs) suite à une déconvenue amoureuse ou simplement un mal de vivre ; ou si tu penses que ta vie ne vaut rien au point de sombrer dans l’enfer de la drogue ou du Djiadisme intégriste : s’il te plaît, avant de te perdre sache que tu peux être une lumière pour tes frères. Qu’on a juste besoin d’hommes et de femmes de bien sur terre.

Pour faire court, il n’y a qu’à lire le panneau au pied de cette magnifique Christ qui trône sur un carrefour non loin de Fréthun et dont le message reste au combien d’actualité:

« Aimez-vous les uns les autres »

Yann-Erick

Spleen d'Automne

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